23/01/2010

Avant-projet "Simonet" : commentaires adressés à A. Maingain

[Courriel envoyé le 05/01/2010]

Cher Monsieur Maingain,

[...]

J'avais effectivement perçu le rayon de 4km comme une synthèse des "secondes adresses" de mon modèle, le choix du lieu de l'école primaire pouvant être vu comme un compromis "social" (au sens large), ou comme une entrée au secondaire (adossement). D'où l'idée qu'il ne faille le cumuler avec le partenariat. Mais les secondes adresses collent mieux à la réalité actuelle. Le lieu de travail est facile à vérifier via une attestation de l'employeur. Les autres, tels que personne qui garde, sont plus difficiles à contrôler et ouvrent plus la porte aux abus. Et quoi qu'il en soit, le lieu de travail ne doit pas avoir le même poids que le domicile. Celui qui habite en face de l'école doit avoir priorité sur celui dont le parent travaille en face. J'avais écrit un courriel sur ce sujet (Adossement, un moyen de donner priorité au lieu de travail ... sur les citadins riverains http://inscriptionsecondaire.skynetblogs.be/post/6917085/...). Concernant le "lieu de vie", ou comme je l'appelle l'"affinité géographique", si chacun peut en définir un (et un seul, identique pour toutes les demandes), librement (par exemple l'école de son premier choix), il n'y a plus de problème de contrôle, ni d'équité. Dans mon modèle, cette seconde adresse avait pour but d'éviter la ghettoïsation.
Le partenariat a sans doute tout son sens [...] comme ascenseur social pour les 20%, mais pas pour remplacer l'adossement et donc pas cumulé avec les 4 km. C'est pour cela que je le limiterais aux écoles défavorisées (et au minimum accorder un poids plus faible aux autres).
Puisque dans votre proposition vous attribuez le même coefficient aux partenaires et non-partenaires, ce partenariat ne sert qu'à pénaliser ceux qui font un autre choix que l'école partenaire. Pourquoi les parents renonceraient-ils à ce partenariat s'ils n'avaient une "solide" raison ? S'ils se rendent compte que leur enfant aurait de meilleures chances de réussite dans une autre école, pourquoi les pénaliser d'une démarche positive ? Plus j'y réfléchis, plus je suis convaincu que le partenariat (comme critère !) n'a de justification que comme ascenseur social. [...]

Votre premier critère de proximité de l'école primaire est le pendant de l'école secondaire (du même type) la plus proche dans mon modèle : tous deux visent à rompre l'isolement géographique des campagnes. Mais ce critère ne fait pas le poids face à l' "adossement" (critères cumulés), et les parents auront toujours avantage à mettre leurs enfants dans ces écoles adossées. D'où la mort des écoles de village (même si c'est un peu caricaturé).
Mais quels sont les "villages" concernés ? C-à-d ceux dont les écoles secondaires cibles "type" sont saturées : à priori les villages du BW. A l'instar de mon interlocuteur du message référencé ci-dessus, beaucoup ont choisi d'y vivre, et il faut assumer ses choix : on ne peut à la fois vouloir bénéficier des avantages de la campagne (air pur, grands espaces, calme, ...) et prétendre être prioritaires sur les citadins dans "leurs" écoles, comme je l'expliquais dans ce même message. Manifestement certains veulent les avantages de la campagne sans perdre ceux de la ville. Si nous avons choisi de vivre en ville, c'est précisément pour la proximité des services et infrastructures (dont les écoles), et la possibilité de faire un maximum de choses à pied. Par contre, il y a plus de bruit, de pollution et des maisons mitoyennes. Mais je m'aventure là sur un terrain glissant ! Les problèmes écologiques appellent d'ailleurs à une densification de l'habitat, mais ceci est un autre débat.

Concernant la gestion centralisée, ce n'est pas un but en soit, mais le seul moyen de résoudre les problèmes liés aux demandes surnuméraires ET d'atteindre vos objectifs ET de prendre en compte les demandes multi-réseaux [...]. Les mentalités ne sont pas (encore ?) prètes ? Ce n'est pas une raison ! Le service des finances demande-t-il aux contribuables-électeurs s'ils sont prêts à une plus grande centralisation et croisement des données ? Et je ne suis pas convaincu que votre assertion "la majorité des parents..." soit correcte : tout au plus la majorité des avis exprimés ou consultés ! Ceci dit, vous avez certainement lu les commentaires de DécretLotto / ELEVES : il est tout de même "amusant" de voir que ces grands pourfendeurs de toute forme de centralisation se plaignent d'un manque de ... centralisation !!! Je cite :

"[...] remarquons que si le parent opte pour trois écoles dites incomplètes (sur la base de la situation en 2009) et qu’il voit son 1er choix refusé (parce que cette école serait finalement trop demandée), il n’a aucune chance d’obtenir une place dans les deux autres écoles si celles-ci ont également accepté 100 % d’inscriptions. Il est donc impératif de laisser à la CIRI la possibilité de reprendre à tout moment la main en cas d’inscriptions surnuméraires et de gérer elle-même 20 % des places disponibles (comme c’est le cas pour les écoles d’emblée réputées complètes), afin de permettre à chacun de valoriser ses critères."

Ils veulent "plus de CIRI", donc plus de centralisation ! :-)
C'était aussi mon analyse, un des rares points de leurs commentaires avec lesquels je suis d'accord. Ces parents commencent donc à percevoir que pour "exercer ses chances" ("valoriser ses critères"), il faut 1. plus de places en jeu et 2. que ces places soient disponibles pour tous, c-à-d globalement, centralement. Ce n'est pas là la seule contradiction de leur analyse, ils trouvent la procédure trop complexe mais veulent des "critères [...] personnels, quant bien même ils seraient plus compliqués [...]", ... mais ce n'est pas le sujet ici.

Du côté des directions, je ne suis pas non plus convaincu qu'elles soient majoritairement hostiles à toute forme de centralisation du processus d'allocation des places disponibles. Avant les décrets Arena et Dupond, certaines écoles voulaient déjà se "débarrasser" de toute responsabilité de sélection (par équité), en procédant via la loterie téléphonique ou les files (comme par exemple Basse-Wavre et Martin V en BW), ou encore comme je viens de le voir au JT, par (la loterie-premier-venu-premier-inscrit) Internet. Si vous leur présentez une procédure toute faite, je suis sûr qu'elles seront ravies. Les autres écoles "à problème", sont sans doute celles où il fallait "mettre un peu d'ordre" (sans vouloir généraliser). Et pour toutes les écoles sans problème, je dirais : peu leur importe, cela ne changera rien à leur population, ou peut-être quelques élèves de plus que le "système" leur aurait "dégoté" (et ils devraient plutôt s'en réjouir).

Manifestement, je ne suis pas "isolé" dans mon analyse, par exemple celle de Bernard Delvaux rejoint (et complète) la mienne sur plusieurs points.

[...]


Une dernière chose, je l'ai déjà mentionné, mais ne le retrouve pas tel quel (le processus d'optimisation n'est nullement décrit, comment allez-vous procéder, selon quel algorithme ?), n'oubliez pas de prévoir la possibilité d'échanges de places au sein de ce processus. Il est en effet quasiment certains, que parmi les places attribuées par la CIRI, deux enfants ayant obtenu chacun leur deuxième (ou troisième, ...) choix, pourraient échanger leurs places pour obtenir un meilleur choix, car respectivement "bien" placés pour leur second choix, mais "déclassés" pour leur premier choix. Cette possibilité doit être prévue tant techniquement que juridiquement (vous m'avez fait "le coup" pour la rentrée dernière, vous refusiez de considérer les échanges par crainte de recours, car n'étant pas "couvert" juridiquement); ne refaites pas la même "erreur" (même si là, vous n'étiez pas aux "commandes", cet "oubli" devant être imputé aux députées de Groote et Jamoulle).

Avec mes meilleures salutations,

Pierre Hardy.

[Et en réponse à quelques commentaires reçus, le second dourriel envoyé le 11/01/2010]

Cher monsieur Maingain,

Merci de vos commentaires, mais si je comprends votre point de vue, je ne le partage pas toujours.

Voici quelques remarques :

Lieu de travail : Je ne vois pas en quoi il est "discriminant" pour ceux ayant un travail intérimaire, ... ceux-ci feront certainement un choix proche du domicile, où ils auront un "bon" indice. Je ne crois pas qu'il entre dans la stratégie des parents de chercher un travail proche de l'école secondaire pour augmenter leurs chances, par contre les déménagements (même fictifs) sont plus à craindre. Pour suivre votre logique (même si je préfère la mienne), on pourrait imaginer un indice similaire au rayon de 4 km de l'école primaire, non cumulable bien entendu. Notez que, personnellement, je ne suis pas demandeur d'un critère de proximité par rapport au lieu de travail, c'est juste une revendication de beaucoup de parents.

Trop de critères tuent les critères : Plus il y a de critères, plus certains seront (fortement) favorisés par leur cumul, laissant donc d'autres sur la touche, même s'ils sont à priori dans de bonnes conditions (proche de l'école secondaire, ...), s'il ne peuvent "cumuler" tous les critères. Je suggèrerais donc de limiter ceux-ci (en nombre) et en tous cas de limiter le cumul de ceux-ci. Pour chaque demande, les parents devraient pouvoir choisir parmi un des critères suivant :
    - Rayon de 4km entre école primaire et secondaire
    - Partenariat
    - Proximité (rayon de x km) du lieu de travail (si on ajoute celui-ci (je sais, je dis qu'il y en a de trop, et propose d'en ajouter un !))
Ce serait, me semble-t-il, plus équitable. [...]
Vous considérez que cela est "intégré dans l’expression des 1er, 2e, 3e choix par les parents [...] en vue de leur optimisation lors du classement et du traitement par la CIRI", mais pas pour les 80 premiers pour cent attribués par les directions, où la surpondération par cumul des critères joue pleinement.

Contrairement à ce que vous écrivez, la FAPEO est favorable à une centralisation. Je vous invite à relire notamment la seconde partie de l'article du Soir, propos de Hakim Hedia Président de la Fapeo (http://archives.lesoir.be/debat-le-gouvernement-de-la-com...) dont voici quelques extraits :

– La transparence et l’équité pour tous les parents et pour tous les enfants. Donc : un seul et même système d’inscriptions, ouvert, pour tous.
[...]
Certaines pistes soulevées dernièrement nous paraissent intéressantes [... : ] l’inscription sur base du classement des préférences pour les zones problématiques et la centralisation de ces informations.

[...]

Directions : Je suis entièrement d'accord avec vous "il y a vraiment une culture plus personnaliste dans le contact avec les parents au moment de l’inscription dans le réseau libre où les cultures d’école peuvent sensiblement diverger, ce qui explique l’attente des directeurs en termes de contacts personnalisés". C'est dans cette optique que je proposais que ce soient les directions qui introduisent les demandes dans le système, au terme de ces "contacts", et pour chaque demande (et non uniquement le premier choix). Encore une fois, je ne vois pas en quoi une gestion centralisée porte atteinte à cette relation parents - direction. Et je crois aussi que la toute grande majorité des directions font preuve d'humanité, de déontologie. Si les critères sont définis, les directions sont "tenues" d'inscrire selon l'ordre ainsi défini, et une gestion centralisée ne peut que les y aider administrativement, et évite donc toute possibilité de "dérapage".

Echanges : Si vous ne le prévoyez pas explicitement, vos informaticiens ne l'incluront certainement pas, car cela sortirait du "cadre" (juridique, décrétal, ...). Quant aux algorithmes, je serais curieux se connaitre celui retenu : ayant implémenté et testé plusieurs algorithmes (y compris avec échanges), je sais d'expérience que les résultats peuvent varier.

Une dernière chose : votre avant-projet est-il définitif, au quel cas tous ces échanges sont vaincs, ou certains amendements sont-ils toujours possibles ? Il y a-t-il un espoir de :
- décumuler les critères de partenariat et rayon de 4 km
- inclure la possibilité d'échanges dans le processus d'optimisation;
- évoluer vers une plus grande centralisation (et par exemple supprimer ce traitement différencié 80% directions - 20% CIRI)
- garder 20% pour la CIRI pour toutes les écoles, y compris celles réputées non-complètes (si on ne peut supprimer cette distinction 80-20)

[...]


Avec mes meilleures salutations,
Pierre Hardy.

 
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