11/02/2010

Vers la fin d'une saga ?

[Extraits de courrierls adressés notamment à ELEVES et DecretLotto]

[Courriel du 02/02/2010]

[...]

Je ne nie nullement qu'il faille se mobiliser pour un enseignement de qualité, pour une offre variée et suffisante. Et je me bats également pour le maintien de la liberté de choix des parents.
Mais à refuser une optimisation centrale, que gagnez-vous ?
- Une meilleure discussion entre parents et direction ? Non, et le projet actuel n'en prévoit qu'une.
- Une plus grande liberté laissée aux directions ? Non, ils sont tenus de respecter les critères.
- Un processus plus humain ? Non, pour les parents, que le tri se fasse sur le PC du directeur ou sur un ordinateur central, ils ne verront pas la différence.
- Une plus grande liberté de choix de l'école secondaire ? Non, ce sont les critères et le manque d'optimisation qui forcent les parents à restreindre, à orienter leurs choix.
- Un meilleur respect de leurs choix exprimés ? Non, leurs choix ne sont pris en compte que pour 20% des places.
- L'assurance que chaque enfant obtiendra ainsi la "meilleure place possible" ? Non, les priorités ne sont pas garanties, les critères ne peuvent être activés, valorisés pour tous, les échanges ne sont pas considérés, ... aucune optimisation.
Au final, une allocation sous-optimale, et par conséquent des enfants qui, autrement, avec une plus grande centralisation, auraient pu prétendre à une "meilleure" place.

Ce refus de traitement centralisé au nom de votre idéologie, fait-elle progresser votre cause ?
- Est-ce un pas vers plus de mixité, une meilleure intégration, un meilleur encadrement des jeunes ?
- Cela crée-t-il plus de places dans les écoles ?
- Cela améliore-t-il la qualité, la diversité de l'enseignement ?
- ... ?

En septembre dernier, les mal-placés furent "oubliés", notamment par craintes de recours juridiques. Combien d'enfants allez-vous également "sacrifier" sur l'autel idéologique ?
N'êtes-vous pas en train de jeter le bébé avec l'eau du bain ?

La problématique des inscriptions est une épine dans le pied du gouvernement, du politique, mais aussi (et surtout !) des parents, directions, ... qu'il faut traiter au mieux pour pouvoir avancer, avant de s'attaquer au fond. Le dernier communiqué d'ELEVES - DécretLotto ne dit pas autre chose, si ce n'est qu'il propose un retour aux files plutôt que des critères objectifs, pour "évacuer" ce problème d'inscriptions.

Pour reprendre l'analogie médicale, en cas d'épidémie, on n'attend pas de former de nouveaux médecins pour soigner les malades : centralement, on réquisitionne les moyens du bord, met en place une cellule de coordination, des nouvelles procédures, ... quitte à ne pas être soigné par son médecin de famille. Ensuite on réfléchi à une meilleure politique de santé publique.

Ce décret n'aura de réel impact que sur une toute petite minorité d'écoles, l'objectif est bien évidemment qu'au fil des années, il se vide de lui-même, l'offre d'écoles de qualité augmentant, résultat d'une réelle politique ... à construire !

Si nous partageons les mêmes objectifs à long terme, nos stratégies pour y parvenir divergent très rapidement, et vous ne m'avez pas plus convaincu, je reste sur mes convictions.

Cordialement,

Pierre Hardy.

 

[Courriel du 31/01/2010]

[...]

Il faut bien sûr améliorer la qualité générale de l'enseignement, le nombre de places dans certains coins, ... mais cela n'est pas pour demain-la-veille, et d'ici là, il faut bien gérer la demande surnuméraire.

Choisir une école est un acte humain, c'est pour cela que je prévoyais que ce soit les directions (et non les parents) qui encodent les demandes dans le système au terme d'une entrevue, lorsque les parents marquent leur adhésion au projet pédagogique, ...
On ne peut mettre toutes les situations en "formules mathématiques", il y aura toujours des cas "insaisissables",  je  pensais donc laisser de 5 à 10% des places à la discrétion des directions (qui devraient toutefois les motiver).
Mais pour la toute grande majorité des cas, des enfants et des écoles, au tirage au sort ou au files, il est préférable d'établir des critères pour les départager.
Pour les écoles incomplètes, ces critères sont parfaitement inutiles, et la procédure se doit d'être simplissime : on inscrit les élèves (dans quelque système que ce soit), avec les critères pour la beauté des statistiques et autres simulations, et basta. Pour eux donc, que le système soit central ou local, c'est chou vert et vert chou (à ceci près, que si l'application est centrale, ils n'ont plus à s'en préoccuper).
Pour les écoles complètes, quelque soient les critères et modes de calcul retenus (je préfère les miens à ceux pondus par le gouvernement, mais soit), les directions sont tenues de les appliquer mécaniquement. Quelle autonomie ont-elles à effectuer ces calculs et tri dans leur propre application (ou à la main), plutôt que d'utiliser une application centrale qui fait cela automatiquement ? Ici aussi, la toute grande majorité des demandes se doit d'être traitée selon des critères objectifs, seule une petite minorité de cas exceptionnels nécessite une approche particulière. A 80% des places allouées par les directions sur lesquelles elles n'ont aucune réelle autonomie, il me semble préférable de leur laisser 5 à 10% où elles auraient 100% d'autonomie.

Mais avant tout, il faut veiller à la liberté de choix des parents, très mise à mal dans le projet actuel. Les priorités ne sont pas garanties si on fait un autre premier choix (on n'est pas sûr de pouvoir exercer sa priorité si on n'obtient pas un meilleur choix), ce qui forcera les parents, par sécurité à choisir l'école prioritaire en premier. De même, si les parents "sortent" du partenariat, font le choix positif d'une pédagogie plus adaptée à leur enfant, ils seront pénalisés : ici encore, par sécurité, ils tenteront la voie royale, l'école partenaire, au risque de voir leur enfant y échouer. Les critères actuels de partenariat et de proximité école primaire - secondaire, combinés, créeront des "sous-réseaux", des sortes d'ornières dans lesquelles les parents (avertis) tenteront de s'engouffrer pour assurer une "bonne" école secondaire (c'est le choix le plus rémunérateur en terme de points), mais dont ils ne pourront plus sortir ! (Et je ne parle pas du report du problème d'inscription au niveau du primaire !)  De plus, seuls 20% sont gérés centralement par la CIRI : il faut donc choisir en premier l'école où on aura les meilleurs points (en espérant faire partie des 80%), car la chance sera minime de l'obtenir en second choix (80% des places étant déjà allouées). Et pour couronner le tout, la procédure d'attribution de la CIRI ne prévoit aucune possibilité d'échanges entre deux enfants (ou plus) afin que chacun obtienne une meilleure place. Bref, la liberté des parents, et le respect des choix exprimés sont sérieusement bafoués dans cet avant-projet.

Voilà pourquoi, dans l'état actuel des choses (disparité de l'enseignement, manque de places, ...), pour gérer les inscriptions d'une manière pragmatique (tout en gardant l'humain, la rencontre direction - parents au centre), je préconise :
- une procédure basée sur la rencontre parents - direction, et où la direction introduit (accepte) la demande au terme de cette rencontre.
- 5 à 10% laissé à la discrétion des directions
- un centralisation complète, permettant un optimisation sur base des critères, et des échanges là où c'est possible
- une limitation de certains critères (et leur cumuls), pour éviter des "ornières"

Ma proposition de "procédure consensuelle" (http://id-phy.orgfree.com/Opinion/InscrProcedure.html) s'inscrivait dans cette optique. Mais au vu des options prises par le gouvernement, elle n'est plus guère d'actualité (surtout son aspect critères / mathématique).

Cordialement,
Pierre Hardy.

 

[Courriel du 28/01/2010]

Même s'il n'a pas encore passé le Conseil d'Etat, l'avant-projet du nouveau décret inscriptions est bien avancé.
Il ne me plait guère car réinstaure quasi l'adossement via les critères combinés de partenariat pédagogique et de proximité école primaire - école secondaire (facteur 2.3254), et de ce fait, relègue au second rang la proximité géographique entre le domicile et l'école secondaire (facteur 1.98).

De plus, la clef de répartition 80% directions - 20% CIRI me parait inéquitable, privera certains enfants d'une "bonne" place : en effet, le coefficient relatif aux choix des parents n'est utilisé que pour les 20% restants, et un enfant peut être très bien "positionné" pour sont second choix, mais se voir "débouté" par un autre premier choix moins bien placé mais qui "entre" dans les 80% attribués par les directions. Comme l'indiquait Michel (et ses co-auteurs) dans la carte blanche parue dans Le Soir ce vendredi 22 janvier 2010 (http://archives.lesoir.be/carte-blanche-le-nouveau-decret...), cela biaisera l'expression des choix par les parents : stratégiquement, ils auront intérêt à prendre comme premier choix l'école où leur indice est le plus élevé, pour s'assurer d'avoir "au moins" celle là, et laissant tomber d'entrée de jeu leur réel premier choix. D'autre part, la procédure ne prévoit pas la possibilité d'échanges entre enfants ayant chacun obtenu un second (ou 3ème, ...) choix en vue d'obtenir leur premier choix.
J'ai calculé toutes les combinaisons d'indices (hormis l'immersion), en considérant ou pas les choix, et ai classé les résultats par ordre décroissant [Critères Inscriptions]. On voit très rapidement que les "pseudo-adossements" raflent le haut de la liste, mais aussi que des 2ème, 3ème, ... choix peuvent aussi se retrouver en tête.

Je considérais cet avant-projet "taillé sur mesure pour les "privilégiés" : les enfants suivant la voie royale tracée par leurs parents [...]". Je fus donc surpris que cet avant-projet ne vous (ELEVES, DécretLotto et UFAPEC) satisfasse davantage, car il rencontre deux de vos revendications fondamentales :

- Maintien d'un quasi-adossement (déguisé sous la forme du cumul des critères de partenariat et proximité école primaire - secondaire). Même si ce n'est une stricte priorité, c'est toute de même le facteur prédominant.

- Maintien du processus à 80% au sein des directions, et seulement 20% centralisé.
Alors que vous avez toujours milité contre toute forme de centralisation, il est assez "amusant" que dans votre analyse http://www.eleves.be/?p=1191 (je pense commune à ELEVE et DécretLotto),  vous demandez une plus grande centralisation : "Il est donc impératif de laisser à la CIRI la possibilité de reprendre à tout moment la main en cas d’inscriptions surnuméraires et de gérer elle-même 20 % des places disponibles". Commenceriez-vous à comprendre que pour pourvoir "valoriser ses critères", il importe qu'il y aie un maximum de places en jeu, et que ce n'est qu'en centralisant toutes demandes et toutes les places disponibles qu'on pourra attribuer la meilleure place possible à chacun, selon les critères définis ?

Je n'ai pas su vous convaincre de ma proposition. Certes elle repose sur une gestion centrale et ne préconise l'adossement, mais elle comportait pourtant d'autres points que vous auriez voulu être pris en considération, tel que :
- proximité lieu de travail (ou d'une personne qui a la garde de l'enfant, ...)
- calcul de la distance incluant le temps (pas à vol d'oiseau !)
- réduction de l'isolement géographique
- dialogue avec les directions
- ...

Vous trouverez mes derniers commentaires et analyses parmi ces notes.

Cordialement,
Pierre Hardy.

 
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